Ils sont de plus en plus nombreux à s’accumuler sur le littoral : annexes et autres petites embarcations, voiliers, bateaux de pêche ou encore chalutiers, les épaves sont souvent abandonnées, à moitié ensevelies dans le sable ou échouées sur des récifs, en attendant d’être prises en charge et remorquées. Une attente qui peu être très longue de par des lois qui diffèrent selon de nombreux facteurs, d’autant plus qu’il s’agit là d’une manœuvre qui peut coûter très cher.
Une législation complexe
“Il faut savoir qu’il y a eu un
boom du nautisme dans les années
60-70 qui a vu l’émergence
d’une industrie spécifique
associée à un niveau de
vie qui n’était pas celui d’aujourd’hui”,
explique Michel
Mallaroni, le capitaine du port
de Bonifacio, “à cette époque,
même les classes moyennes
pouvaient facilement posséder
un bateau. 40 ans après, la
flotte est vieillissante et les
gens n’ont plus forcément les
moyens d’entretenir leur bateau.”
En effet, beaucoup abandonnent
ainsi leur bateau et
contribuent à faire grandir le
problème. Les procédures
concernant la prise en charge
des épaves sont compliquées
et longues à mener. La première
chose est l’identification
du propriétaire, car c’est à
lui de se charger d’évacuer
l’épave. Si cela n’est pas possible,
la localisation va déterminer
le rôle de chacun. Dans
le cas où elle est à l’intérieur
d’une enceinte portuaire, c’est
la commune ou la région qui
se chargera de l’épave. Si elle
est à l’extérieur, le problème
revient au domaine public maritime,
c’est donc l’État qui
doit s’en charger. Il y a également
une dimension écologique
à prendre en considération.
Le cadre légal en France
ne permet pas, comme aux
États-Unis, de couler une
épave en haute mer pour en
faire un récif artificiel. “Il n’y a
pas de filière de déconstruction
en Corse. Et il n’est toujours
pas possible de recycler le polyester
qui est utilisé pour la
construction de tous les bateaux”.
Les espaces côtiers
non structurés ne sont pas gérés
en termes de pollution et
ils peuvent devenir des zones
à haut risque à cause des
épaves.
Un remorquage onéreux
Pour l’aspect technique, le
remorquage peut être effectué
par une société spécialisée.
“Les tarifs sont aléatoires, tout
dépend des travaux à faire”, explique
Fabrice Bousquet, directeur
de l’entreprise Passion
Nautique, “si le bateau est en
partie immergé, il faudra effectuer
une opération de renflouage
avec l’emploie de ballons
et d’une motopompe pour
vider les cales. Il faut ensuite le
sécuriser puis le tracter jusqu’à
la grue. Nous avons effectué un
remorquage en octobre qui a
été facturé près de 20 000 euros”.
Les bénévoles de la
SNSM peuvent également être
appelés à effectuer ces opérations,
ou encore des particuliers
ayant un sens marin aigu
comme les pêcheurs. “Il faudrait
avoir une vision globale
grâce à une forte activité de surveillance.
La commune de Bonifacio,
qui a identifié une dizaine
d’épaves, a entamé une
action de sensibilisation dirigée
vers les services de l’État”,
ajoute le capitaine. Les épaves
ne sont pas un problème nouveau,
elles s’accumulent, et paradoxalement,
n’engendrent
pas une grande réactivité de la
part des responsables.