Quand l’Histoire et les croyances s’entremêlent

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Il fut une époque où certaines curiosités ne s’expliquaient pas forcément d’une manière que l’on qualifierait de rationnelle, ou quantique. Bien au contraire, nous parlons ici d’un temps où l’inexplicable relevait de la sorcellerie, de l’alchimie, de l’intervention divine, ou au contraire, de celle du Diable. Certaines histoires, devenues des légendes, transmises depuis des générations, ont façonné une part de l’identité profonde provençale en Vaucluse et Drôme.

Le mythe de Saint-Véran et la légende de la Coulobre

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C’est au coeur d’une caverne des rochers de la Sorgue qu’aurait vécu la légendaire Coulobre, un dragon impétueux d’une incroyable grandeur qui semait la désolation dans le Vaucluse. Dévorant tout sur son passage, elle est décrite dans de nombreux récits comme un animal cruel, recouvert d’écailles impénétrables qui rejetaient une effroyable lueur, doté d’yeux rouges étincelant et vomissant des flammes.

Son histoire est très souvent liée à celle de Saint-Véran. Ce prêtre ordonné en 540, qui s’était retiré dans le Vaucluse afin de vivre en ermite. S’étant depuis abandonné à la contemplation, il réalisa son premier miracle lorsqu’il eut vent des méfaits causés par le dragon. Il s’avança vers la Sorgue, là où vivait le terrible monstre, et lui ordonna non seulement de quitter les lieux, mais également de ne plus jamais faire de mal à personne, car il ne lui en avait pas fait lui-même. Le dragon s’exécuta et s’envola. Saint-Véran débarrassa ainsi la vallée de son terrible fléau, rétablissant le calme et la paix dans la région.

Si l’on ne prend pas cette légende au premier degré, on pourrait considérer l’évangélisation de la vallée comme une métaphore de l’histoire. Saint-Véran, en se débarrassant du dragon, rejetterait en fait les cultes païens. L’histoire montre d’ailleurs que les saints provençaux ont rarement tué les dragons mais les ont plutôt réduits à se soumettre. C’est finalement ce même schéma métaphorique qui s’applique avec les cultes anciens qui ont été christianisés en Provence plutôt que détruits.


Texte et photo : Simon SAADA - Paru dans : Ventoux Magazine

Le Portail Saint-Jean

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Chaque année, des centaines de milliers d’automobilistes, motards et cyclistes empruntent la route pour le Mont Ventoux, sur le versant Nord, en provenance de Malaucène. Et si parmi eux, certains ralentissent devant l’immense mur de pierre bombé et lisse, situé environ un kilomètre au-dessus de la source du Groseau, aucun n’y verra autre chose qu’une étonnante formation géologique. Pourtant, il s’agit là d’un lieu sacré, haut lieu de croyance locale, dont l’histoire est bien connue des Vauclusiens. Cette concrétion de calcaire est surnommée le portail Saint-Jean, et forme en effet un gigantesque arc de cercle à la couleur sombre, se détachant très nettement du reste de la paroi rocheuse.

Les histoires concernant ce lieu sont nombreuses, et pour la plupart reliées au Christianisme. Mais mises à part quelques variantes, toutes s’accordent autour d’une légende selon laquelle le mur serait une porte s’ouvrant chaque année, à Noël, pendant la messe de minuit. À l’intérieur, s’étendrait un long couloir au fond duquel trônerait la Chèvre d’Or, célèbre gardienne de trésors. Mais il faut faire vite, car le portail se referme très rapidement après s’être ouvert, dès la fin de la lecture de l’Évangile. De ce que l’on sait, tous ceux qui s’y sont aventurés n’en sont jamais revenus…

 

Texte et photo : Simon SAADA - Paru dans : Ventoux Magazine

Notre-Dame d’Aubune et le Rocher du Diable

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La Chapelle Notre-Dame d’Aubune, chef d’œuvre de l’art roman située à Beaumes-de-Venise, tirerait son nom d’une victoire que Charlemagne aurait célébrée à l’aube, dès que les premières lueurs du jour frappèrent les flancs de la colline aux pieds de laquelle se tient depuis des siècles la petite chapelle. La légende raconte que le roi avait fait ériger celle-ci pour célébrer la Sainte Vierge après la victoire. Mais le Diable, fou de rage, arrachât un rocher de la crête pour le jeter sur l’édifice et le réduire à néant. La Vierge serait intervenue au dernier moment et bloqua de sa quenouille l’énorme masse rocheuse.

Seulement voilà, comme bien souvent, l’histoire vient se heurter à la légende et remet tout en perspective. Premier problème, et pas des moindres, Charlemagne n’est jamais venu en Provence. Certains historiens locaux pensent alors à Charles Martel, célèbre chef militaire, qui a laissé lui bien des traces de son passage dans la région, en remportant de nombreuses victoires contre les Sarrasins, mais aussi en pillant la ville d’Avignon. Cependant, rien n’atteste d’une quelconque victoire à proximité de la chapelle.

Quant au Rocher du Diable, sa présence pourrait être expliquée par la composition même de la colline. Il semble qu’il soit en fait un morceau des lames rocheuses des contreforts des Dentelles de Montmirail, détaché à l’époque où toute la zone était immergée sous les eaux. Les milliers de fossiles visibles sur la paroi témoignent encore aujourd’hui de cette période.

Aujourd’hui, tout comme la chapelle, la légende demeure intacte, et le Rocher du Diable reste perché. En équilibre au sommet de la colline, toujours menaçant, il arbore encore sur sa face supérieure les marques laissées par les coquillages qui se délitaient ou bien, selon la version que l’on préfère croire, par les griffes de Satan.

 

Texte et photo : Simon SAADA - Paru dans : Ventoux Magazine

Les épaves de bateaux se multiplient sur le littoral

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Ils sont de plus en plus nombreux à s’accumuler sur le littoral : annexes et autres petites embarcations, voiliers, bateaux de pêche ou encore chalutiers, les épaves sont souvent abandonnées, à moitié ensevelies dans le sable ou échouées sur des récifs, en attendant d’être prises en charge et remorquées. Une attente qui peu être très longue de par des lois qui diffèrent selon de nombreux facteurs, d’autant plus qu’il s’agit là d’une manœuvre qui peut coûter très cher.

Une législation complexe

“Il faut savoir qu’il y a eu un boom du nautisme dans les années 60-70 qui a vu l’émergence d’une industrie spécifique associée à un niveau de vie qui n’était pas celui d’aujourd’hui”, explique Michel Mallaroni, le capitaine du port de Bonifacio, “à cette époque, même les classes moyennes pouvaient facilement posséder un bateau. 40 ans après, la flotte est vieillissante et les gens n’ont plus forcément les moyens d’entretenir leur bateau.” En effet, beaucoup abandonnent ainsi leur bateau et contribuent à faire grandir le problème. Les procédures concernant la prise en charge des épaves sont compliquées et longues à mener. La première chose est l’identification du propriétaire, car c’est à lui de se charger d’évacuer l’épave. Si cela n’est pas possible, la localisation va déterminer le rôle de chacun. Dans le cas où elle est à l’intérieur d’une enceinte portuaire, c’est la commune ou la région qui se chargera de l’épave. Si elle est à l’extérieur, le problème revient au domaine public maritime, c’est donc l’État qui doit s’en charger. Il y a également une dimension écologique à prendre en considération. Le cadre légal en France ne permet pas, comme aux États-Unis, de couler une épave en haute mer pour en faire un récif artificiel. “Il n’y a pas de filière de déconstruction en Corse. Et il n’est toujours pas possible de recycler le polyester qui est utilisé pour la construction de tous les bateaux”. Les espaces côtiers non structurés ne sont pas gérés en termes de pollution et ils peuvent devenir des zones à haut risque à cause des épaves.

Un remorquage onéreux

Pour l’aspect technique, le remorquage peut être effectué par une société spécialisée. “Les tarifs sont aléatoires, tout dépend des travaux à faire”, explique Fabrice Bousquet, directeur de l’entreprise Passion Nautique, “si le bateau est en partie immergé, il faudra effectuer une opération de renflouage avec l’emploie de ballons et d’une motopompe pour vider les cales. Il faut ensuite le sécuriser puis le tracter jusqu’à la grue. Nous avons effectué un remorquage en octobre qui a été facturé près de 20 000 euros”. Les bénévoles de la SNSM peuvent également être appelés à effectuer ces opérations, ou encore des particuliers ayant un sens marin aigu comme les pêcheurs. “Il faudrait avoir une vision globale grâce à une forte activité de surveillance. La commune de Bonifacio, qui a identifié une dizaine d’épaves, a entamé une action de sensibilisation dirigée vers les services de l’État”, ajoute le capitaine. Les épaves ne sont pas un problème nouveau, elles s’accumulent, et paradoxalement, n’engendrent pas une grande réactivité de la part des responsables.